Coup de gueule de la semaine : le marketing anxiogène dans la musique
Le marketing anxiogène dans la musique
Sur certaines chaînes YouTube dédiées à la musique, les miniatures semblent parfois engagées dans une compétition permanente : qui annoncera la prochaine révolution, la prochaine catastrophe ou la prochaine technologie censée rendre obsolète tout ce qui existait auparavant ?
À les regarder défiler, on pourrait croire que notre façon de faire de la musique est menacée tous les quinze jours.
L'intelligence artificielle va remplacer les musiciens.
Le home studio est condamné.
Ce nouveau synthétiseur enterre tous les autres.
Cette technologie change définitivement les règles du jeu.
À force, une question me vient :
Pourquoi faut-il sans cesse annoncer la fin de quelque chose pour parler d'une nouveauté ?
🎣 L'économie de l'attention
Je ne pense pas que les créateurs de contenu soient nécessairement à blâmer.
Ils évoluent dans un environnement où l'attention est devenue une ressource rare.
Des milliers de vidéos sont publiées chaque jour et les algorithmes favorisent les contenus capables de provoquer une réaction immédiate.
Or les émotions les plus efficaces sont souvent :
- la peur.
- l'urgence.
- l'inquiétude.
- la curiosité.
Un titre nuancé informe.
Un titre anxiogène attire davantage de clics.
Le système récompense donc naturellement les formulations les plus spectaculaires.
😨 Quand la peur devient un argument marketing
Le problème n'est pas qu'une nouvelle technologie apparaisse.
Le problème est la manière dont elle est parfois présentée.
L'IA est probablement l'exemple le plus récent.
Entre :
« l'IA va transformer certains usages »
et
« l'IA signe la fin du home studio »
il existe pourtant une différence considérable.
La première affirmation invite à comprendre.
La seconde invite à réagir.
Et dans une économie de l'attention, la réaction est souvent plus rentable que la compréhension.
🎛️ Le paradoxe du musicien
La plupart des musiciens ne se sont pas lancés dans cette aventure pour vivre dans l'inquiétude permanente.
Ils ont commencé pour des raisons beaucoup plus simples :
- le plaisir.
- la curiosité.
- l'expérimentation.
- l'envie de créer.
Pourtant, l'écosystème médiatique qui entoure aujourd'hui cette passion donne parfois l'impression que tout est constamment remis en question.
Mon matériel est-il déjà dépassé ?
Mon home studio a-t-il encore un sens ?
Mes compétences auront-elles encore de la valeur demain ?
À force de regarder certaines vidéos, on pourrait croire qu'il faut surveiller l'avenir en permanence plutôt que faire de la musique dans le présent.
📺 La musique n'échappe pas aux recettes des médias
Par moments, certaines chaînes musicales me rappellent les mécanismes des chaînes d'information en continu.
Pas parce que les contenus sont mauvais.
Mais parce que les mêmes recettes semblent parfois utilisées :
annoncer une rupture, une menace ou une révolution pour capter l'attention.
Le résultat est paradoxal.
Nous n'avons jamais eu autant d'informations à notre disposition.
Et pourtant, nous avons parfois l'impression que tout devient plus fragile, plus incertain et plus éphémère.
🎵 Ce que l'histoire nous apprend
Si l'on prend un peu de recul, l'histoire de la musique raconte une autre histoire.
Les synthétiseurs n'ont pas remplacé les musiciens.
Les sampleurs n'ont pas supprimé les instruments.
Les stations audionumériques n'ont pas fait disparaître le matériel.
Les plug-ins n'ont pas enterré les studios équipés de racks analogiques.
Chaque innovation a transformé les pratiques, mais très rarement supprimé ce qui existait auparavant.
La musique évolue davantage par accumulation que par remplacement.
💡 Une autre manière de regarder les nouveautés
Personnellement, je préfère les contenus qui expliquent :
- ce qu'une technologie permet ;
- ce qu'elle ne permet pas ;
- ses limites ;
- ses usages réels.
Comprendre est souvent plus intéressant que s'inquiéter.
Et surtout plus utile.
Conclusion
Mon inquiétude n'est pas l'arrivée de l'intelligence artificielle.
Mon inquiétude est de voir la peur devenir un argument marketing permanent.
Car lorsqu'on passe son temps à annoncer la fin de tout, on finit par détourner l'attention de l'essentiel.
Pendant que certains annoncent chaque semaine la prochaine révolution, d'autres continuent simplement à composer, expérimenter et apprendre.
Et au fond, c'est peut-être là que la musique commence réellement.
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